Le capitaine Moussa Dadis Camara, président de la dernière transition guinéenne, vient d'être gracié par le Général Mamadi Doumbouya. Un geste de haute portée qui change tout.
Condamné en 2024 à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité, Dadis était reconnu coupable du massacre du 28 septembre 2009. Une marche populaire contre ses envies de se présenter à la présidentielle de 2010 qui provoqua des tueries en masse. C’est par un décret officiel lu à la télévision nationale que le gouvernement de transition a annoncé sa libération. Capitaine Dadis qui purgeait une peine pour sa responsabilité hiérarchique et morale est relaxé pour des « raisons de santé》
Arrivé au pouvoir en 2008 à la suite d’un coup d’État qui assurait la succession apaisée du défunt Général Lansana Conté, le forestier s’était imposé par un régime autoritaire et imprévisible. Il a alterné discours populistes et répressions brutales mettant au pas les occidentaux qui voyaient en Conakry une vache laitière. Et le massacre du stade du 28 septembre affichait 160 manifestants tués et plus d’une centaine de femmes violées par les forces de sécurité.
La grâce présidentielle accordée par Mamadi Doumbouya fait réagir malgré tout. Si ses proches, notamment dans sa région natale de N’Zérékoré, célèbrent cette annonce, les familles des victimes et organisations de droits de l’homme dénoncent un camouflet à la justice. Si beaucoup voient dans cette libération un recul pour la lutte contre l’impunité , une opinion y voit un deal politique important pour la “réconciliation”.
Notamment un arrangement qui permettrait à Dadis de rallier Mamadi Doumbouya dont les alliés sont en campagne à travers la Guinée. Le but, inviter le peuple 224 dans son ensemble à voter le tombeur d'Alpha Condé dont la candidature est vendue aux populations quotidiennement dans le pays profond. Aussi le gracié est le seul leader de poids qui peut faire basculer le vote en Guinée forestière, électorat vital pour Mamadi Doumbouya qui met en avant son projet phare SIMANDOU 2040.
En parallèle, son gouvernement avait annoncé la prise en charge des indemnisations des victimes du massacre de 2009, une mesure qui, sera un soulagement pour beaucoup. La grâce présidentielle change donc le destin judiciaire de Moussa Dadis Camara d'ici que nous soyons situés sur le cas de Toumba Diakité qui avait mis les projecteurs sur le sulfureux procès. L'euphorie est totale dans ce contexte où Dadis Camara ne sera nullement loin de l'arène politique.
Idrissa KEITA