Sénégal : trois influenceurs pro-Pastef condamnés à de la prison ferme pour « offense au chef de l'État »
Trois figures influentes des réseaux sociaux, proches du parti au pouvoir Pastef, ont été condamnées jeudi à des peines allant de deux à trois mois de prison ferme. En cause : une vidéo virale dans laquelle ils formulaient des voeux de maladie ou de mort contre « le plus grand traître du Sénégal », des propos interprétés par la justice comme visant directement le président Bassirou Diomaye Faye.
La justice sénégalaise frappe fort dans un climat politique de plus en plus tendu. Mandoumbe Diop, alias Lamignou Darou — suivi par plus de 500 000 abonnés sur TikTok —, a été condamné à trois mois de prison ferme. Les deux autres, Magueye Diaw (Oustaz Thiep) et Moustapha Ndiaye (Ndiaye Touba), ont écopé quant à eux de deux mois de prison ferme. Tous trois devront en outre s'acquitter d'une amende de 500 000 francs CFA pour « offense au chef de l'État » et « discours contraire aux bonnes mœurs ».
Des prières litigieuses au sortir d'un rassemblement religieux
À l'origine de cette affaire figure une vidéo enregistrée et diffusée sur TikTok à l'issue d'un rassemblement religieux. Dans la séquence, les trois collaborateurs de la plateforme Feeñal Digital échangent sur des invocations qu'ils affirment avoir faites. Ils y souhaitent publiquement que « le plus grand traître du Sénégal soit atteint de paralysie », subisse un « AVC » ou « qu'il meure ».
« La manière importe peu. Nous voulons juste qu'il parte. Que ce soit par paralysie, maladie ou quoi que ce soit », déclarait notamment Lamignou Darou. Bien que le nom de Bassirou Diomaye Faye n'ait jamais été prononcé explicitement, le tribunal a estimé que les allusions ciblaient sans ambiguïté le chef de l'État.
Un contexte de rupture politique au sommet de l'État
Cette décision judiciaire intervient dans un contexte politique particulièrement délétère. Élu en 2024 grâce au soutien décisif du parti Pastef et de son leader Ousmane Sonko, le président Bassirou Diomaye Faye a consommé cet été sa rupture avec son ancien mentor et Premier ministre. Fin juillet, le chef de l'État a officialisé cette scission en lançant sa propre formation politique, attisant les rivalités au sein de la majorité présidentielle et de ses sympathisants.
La défense dénonce un « précédent dangereux »
Du côté de la défense, l'incompréhension et l'indignation dominent. Réagissant à la décision, Me Abdy Nar Ndiaye, l'un des avocats des prévenus, a fustigé un « précédent dangereux pour la justice » et la démocratie sénégalaise.
Selon l'avocat, la vidéo relevait d'une « comédie satirique » et d'une discussion informelle entre amis sur le thème général de la trahison, sans désignation nominative. Contestant fermement la qualification pénale des faits, le collectif d'avocats a d'ores et déjà annoncé son intention de faire appel du jugement.

