Mali : la Cour suprême confirme 10 ans de prison contre une ancienne ministre

Mali : la Cour suprême confirme 10 ans de prison contre une ancienne ministre

La plus haute juridiction malienne a rejeté le pourvoi en cassation de l'ex-ministre de l'Économie et des Finances, Bouaré Fily Sissoko, définitivement condamnée dans le dossier très controversé de l'achat de l'avion présidentiel et d'équipements militaires sous le mandat d'Ibrahim Boubacar Keïta.

 

Nouveau rebondissement dans l'une des affaires financières les plus médiatisées du Mali. La Cour suprême a confirmé, ce mardi, la peine de 10 ans de prison ferme prononcée à l'encontre de l'ancienne ministre de l'Économie et des Finances, Bouaré Fily Sissoko.

Cette décision vient valider le verdict rendu le 8 juillet 2025 par la Cour d'assises spéciale sur les crimes économiques et financiers. L'ex-ministre avait été reconnue coupable de « faux en écriture, usage de faux et atteinte aux biens publics » dans le cadre de deux contrats d'armement et d'équipements publics signés sous la présidence d'Ibrahim Boubacar Keïta (2013-2020).

 

La défense saisit la justice internationale

Malgré les arguments avancés par son conseil, la chambre criminelle de la Cour suprême a rejeté le pourvoi en cassation introduit par son avocat, Me Dianguiné Tounkara, maintenant ainsi l'intégralité de la peine.

La bataille juridique ne s'arrêtera pas là pour autant. « Nous allons saisir les juridictions internationales », a immédiatement réagi Me Tounkara à l'annonce du rejet.

 

Un scandale d'État au cœur du discours de la junte

Ce dossier constitue l'un des symboles majeurs des soupçons de corruption de masse imputés à l'ancien régime civil, régulièrement dénoncés par le pouvoir à Bamako.

Les faits remontent à 2014. À l'époque, l'acquisition d'un avion présidentiel — pour un montant estimé à près de 40 millions de dollars (environ 23 milliards CFA) — ainsi que la passation de marchés d'équipements militaires auprès d'une société locale s'étaient déroulées sans aucun appel d'offres. Le scandale avait provoqué de vives tensions avec les bailleurs de fonds internationaux, entraînant notamment le gel des décaissements du Fonds monétaire international (FMI) pendant six mois.Si le montant exact des malversations a fait l'objet d'estimations divergentes au fil des audits, le volet judiciaire, lui, s'est alourdi pour plusieurs hauts responsables. 

Outre Bouaré Fily Sissoko, ce procès a mené à la condamnation à la réclusion à perpétuité par contumace de Moustapha Ben Barka, ancien ministre et ex-vice-président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), alors absent à l'audience. Plus haut dans la chaîne de commandement, plusieurs officiers de l'armée ont également écopé de peines de prison.