Alors que le président Mamadi Doumbouya vient de quitter le pays pour des congés annuels en Grèce, sur fond de rumeurs persistantes concernant son état de santé, l’opposition guinéenne hausse brutalement le ton. Ce lundi, le collectif des Forces Vives de Guinée (FVG), qui réunit les principaux partis d'opposition et des organisations de la société civile, a publié un communiqué au vitriole déclarant le rejet solennel de l'ensemble des institutions en place et appelant les citoyens à se mobiliser.
Un pouvoir accusé de dérive autoritaire
Dans leur déclaration, les FVG accusent directement le chef de l'État et son entourage de gouverner « par la terreur » et de s'imposer « par la répression, la violence et la corruption ». Le texte dresse un bilan sombre de la situation des droits humains et des libertés publiques dans le pays, dénonçant un régime « mué en une dictature caractérisée par des assassinats ciblés, des morts en détention de personnalités civiles et militaires, des disparitions forcées, des enlèvements et des actes de torture ».
Le collectif fustige également le musèlement systématique de la presse, la suspension ou la dissolution arbitraire de dizaines de formations politiques représentatives, ainsi que l'interdiction stricte des manifestations en vigueur depuis 2022. Ces dernières années, la majorité des figures majeures de l'opposition et de la société civile ont été arrêtées, condamnées ou contraintes à l'exil.
Des scrutins qualifiés de « simulacres »
Arrivé au pouvoir à la suite du coup d'État de septembre 2021, le général Mamadi Doumbouya s'est fait élire président pour un mandat de sept ans le 28 décembre 2025, dérogeant à son engagement initial de restituer le pouvoir aux civils au terme de la transition. Son camp et ses alliés ont ensuite consolidé leur emprise sur l'appareil d'État en remportant plus de 80 % des sièges lors des législatives du 31 mai dernier.
Pour les Forces Vives de Guinée, ce processus électoral manque totalement de légitimité. Le collectif dénonce un « prétendu référendum constitutionnel » et des « faux scrutins » organisés en vase clos pour « entériner une confiscation du pouvoir ». Rejetant catégoriquement toutes les institutions issues de ces processus qualifiés de frauduleux, les FVG lancent un appel solennel à « tous les patriotes guinéens » afin de « restaurer les libertés fondamentales » et d'œuvrer à un retour effectif à l'ordre constitutionnel.
Un départ à l'étranger sous tension
L'offensive politique de l'opposition intervient au moment exact où le chef de l'État s'éloigne du territoire national. Selon un communiqué officiel de son cabinet, Mamadi Doumbouya s'est envolé pour la Grèce en compagnie de sa famille afin d'y prendre « quelques jours de repos » dans le cadre de ses congés annuels. Ce déplacement officiel survient alors que des spéculations grandissantes circulent quant à sa santé, ajoutant une dose d'incertitude à un climat politique déjà extrêmement tendu.

