Volé par la France en 1916, cet objet sacré de la communauté Ébrié a été présenté pour la première fois aux Ivoiriens ce vendredi, marquant une étape symbolique forte dans la restitution des œuvres d'art coloniales.
C'est un retour empreint de ferveur et de mémoire. Vendredi, à l'occasion de la fête nationale célébrant l'indépendance de la Côte d'Ivoire, le Djidji Ayôkwé, célèbre tambour parleur de la communauté Ébrié, a fait sa toute première apparition publique à Abidjan depuis son retour au pays.
Un géant de bois au rôle historique et sacré
Bien plus qu'un simple instrument de musique, le Djidji Ayôkwé est une pièce sacrée majeure du patrimoine ivoirien. Taillé dans du bois d'iroko aux teintes noir, blanc et rouge, cet objet monumental mesure 3,30 mètres de long pour près de 430 kg.
Autrefois, il rythmait les grandes cérémonies traditionnelles et servait d'outil de communication à distance, permettant notamment d'alerter les populations en cas de danger face aux troupes coloniales.
Saisi en 1916 par les autorités coloniales françaises, le tambour avait été expédié en France en 1929. Il y a passé près d'un siècle, successivement exposé au musée du Trocadéro puis au musée du quai Branly à Paris.
Un accueil triomphal et des rituels ancestraux
Officiellement restitué par la France en février suite à une loi promulguée en mai facilitant la restitution des biens culturels aux anciens pays colonisés, l'objet était arrivé en Côte d'Ivoire en mars. Resté scellé dans sa caisse depuis son arrivée, il a enfin été dévoilé aux yeux de la population.
Transporté dans une caisse vitrée installée sur un grand char décoré, le tambour a d'abord défilé lors d'une parade militaire dans le quartier de Yopougon, avant d'être accueilli chaleureusement dans son village d'origine, Adjamé.
Sur place, la cérémonie s'est déroulée en présence de la ministre de la Culture, Françoise Remarck, de chefs traditionnels et de centaines d'habitants très émus. Afin de réinstaller l'objet dans sa terre natale, une dizaine de dignitaires ont accompli le rite traditionnel de la libation, versant quelques gouttes d'offrande sur le sol en hommage aux ancêtres.
Fierté retrouvée et préservation de la mémoire
Après cette célébration historique, le Djidji Ayôkwé rejoindra sa dernière demeure institutionnelle : il sera désormais exposé au Musée des civilisations d'Abidjan, où il continuera de témoigner de l'histoire et de l'identité ivoirienne.

