L'opposition togolaise affiche de nouveau un visage uni. Plusieurs partis politiques et des organisations de la société civile ont officialisé, ce mardi à Lomé, la création d'un front commun pour contester la Constitution adoptée en 2024. Une dynamique d'union inédite depuis les rassemblements de 2017 et 2018 qui avaient secoué le pays.
Ce rassemblement regroupe les principales forces d'opposition du pays, parmi lesquelles l'Alliance nationale pour le changement (ANC) de Jean-Pierre Fabre et l'Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI). Lors d’une conférence de presse, cette coalition a rendu public un mémorandum formulant des propositions pour une « sortie de crise ».
Pour appuyer leur démarche, les dirigeants de l'opposition se fondent sur une décision de la Cour de justice de la Cedeao. L'institution communautaire ouest-africaine a en effet qualifié la réforme constitutionnelle de 2024 de « changement inconstitutionnel de gouvernement », tout en invitant le pouvoir togolais à faire mieux à l’avenir.
« À travers cet arrêt, la Cour de justice de la Cedeao a posé un acte historique. C’est également un acte historique pour le Togo et pour l’Afrique. Il était normal que tous ceux qui s’opposent à la nouvelle Constitution se retrouvent ensemble pour agir avec ce nouvel instrument », a souligné Nathaniel Olympio, membre du nouveau front.
Pression internationale et mobilisation populaire
Pour l'opposition et les mouvements citoyens, cette réforme visant à faire basculer le Togo dans un régime parlementaire (en supprimant l'élection du chef de l'État au suffrage universel direct) constitue une stratégie pour maintenir au pouvoir Faure Gnassingbé, à la tête du pays depuis 2005. Avec le nouveau texte, la réalité du pouvoir exécutif revient désormais au président du Conseil.
Face à cette situation, le front uni entend porter la contestation sur tous les terrains. Sur le plan international, elle prévoit de saisir l'Union européenne, les États-Unis ainsi que le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine. Sur le plan national, les leaders appellent à la mobilisation populaire afin de faire pression sur les institutions.
La réplique du pouvoir exécutif
De son côté, le camp présidentiel défend fermement la réforme de 2024, affirmant qu'elle permet d'assurer une meilleure représentativité démocratique.
Rejetant l'ingérence de l'instance régionale, le gouvernement avait réagi fin juillet en dénonçant une « tentative » de la Cour de justice de la Cedeao « d'outrepasser ses compétences ». Les autorités togolaises rappellent que la juridiction communautaire ne dispose d'« aucune compétence de contrôle de constitutionnalité du droit interne ».
Alors que l'opposition appelle le peuple à « jouer sa partition », la création de ce front commun peut-elle modifier les rapports de force dans le bras de fer politique autour de la Ve République ?

