Togo : ce que risquent les deux journalistes français arrêtés dans le nord du pays

Togo : ce que risquent les deux journalistes français arrêtés dans le nord du pays

Interpellés dans le septentrion togolais en plein tournage pour France Télévisions, Gaël Mocaër et Sébastien Perez Pezzani ont été placés sous mandat de dépôt. L'autorité de régulation dénonce l'absence totale d'accréditation légale, tandis que la justice enquête sur des irrégularités administratives.

 

Les conditions d'arrestation : un tournage non déclaré en zone sécuritaire sensible

Les deux réalisateurs et journalistes français Gaël Mocaër et Sébastien Perez Pezzani, accompagnés de leur collaborateur local (fixeur) togolais Fred Vedomey, ont été interpellés le 27 juillet 2026 dans le nord du Togo. Ils effectuaient des prises de vue pour un épisode de l'émission populaire « Les Routes de l’impossible », produite par Tony Comiti Productions et destinée à être diffusée sur France Télévisions.

D'abord assignés à résidence, ils ont été formellement inculpés et placés sous mandat de dépôt par le juge d'instruction le lundi 17 août 2026.

Les motifs majeurs retenus reposent sur des irrégularités administratives et des « fausses déclarations » lors de leur entrée sur le territoire. Selon les éléments de l'enquête et la presse locale, les deux hommes sont entrés au Togo sous couvert d'un visa touristique, alors qu'ils venaient exercer une activité professionnelle de reportage.

Le tournage se déroulait dans le Nord du pays, une région soumise depuis 2022 à des mesures de sécurité renforcées en raison des menaces d'incursions terro-djihadistes à la frontière du Burkina Faso. La présence d'une équipe de tournage munie de matériel audiovisuel lourd sans autorisation de tournage ni notification préalable a immédiatement déclenché l'intervention des forces de sécurité.

 

La réaction ferme de la HARC 

Par un communiqué rendu public le 19 août 2026 et signé par son président Pitalounani TELOU, la Haute Autorité de Régulation de la Communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC) a tenu à faire une mise au point stricte. La HARC affirme n'avoir été saisie d'aucune demande d'accréditation, ni de la part des deux journalistes, ni de la part de l'employeur ou diffuseur France Télévisions. Elle précise ignorer leur statut professionnel ainsi que les activités de tournage prévues dans le septentrion.

L'instance de régulation rappelle qu'en vertu de l'article 20 du Code de la presse et de la communication de la République togolaise, la possession d'une carte de presse ne suffit pas. Tout correspondant ou envoyé spécial d'un organe de presse étranger doit impérativement solliciter et obtenir une accréditation auprès de la HARC, qui en informe ensuite le ministère de la Communication et le ministère de la Sécurité.

La HARC invite les médias, journalistes et créateurs de contenus à faire preuve de rigueur et à « laisser la justice togolaise conduire sereinement les procédures en cours », en toute indépendance.

 

Ce que risquent les deux journalistes français

Inculpés pour « fausses déclarations » et poursuivis pour exercice non autorisé du journalisme en zone réglementée, les prévenus s'exposent à des sanctions juridiques et administratives.

Le fait d'effectuer de fausses déclarations auprès des services de l'immigration (obtenir un visa touristique au lieu d'un visa professionnel) est passible, selon le droit pénal togolais, de peines d'emprisonnement ferme (pouvant aller de 6 mois à 3 ans) assorties d'amendes financières.

L'absence d'accréditation délivrée par la HARC prive les intéressés des protections légales du statut de journaliste étranger au Togo. En tournant sans autorisation dans une zone sous régime d'urgence sécuritaire, ils s'exposent à une requalification des faits ou à des poursuites pour atteinte aux règles de sécurité nationale.

En cas de condamnation, le tribunal peut prononcer la confiscation du matériel de tournage ainsi qu'une mesure d'interdiction du territoire togolais avec expulsion administrative à l'issue ou en substitution de la peine.