Alors que le pays a récemment renforcé sa législation anti-LGBT+, le parquet de Pikine-Guédiawaye a annoncé la clôture de l'instruction visant plus d'une centaine de personnes interpellées ces derniers mois.
Dans un communiqué publié vendredi soir, le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye (région de Dakar), Saliou Dicko, a annoncé le renvoi de 71 hommes devant un tribunal pour « actes contre nature » et « association de malfaiteurs ».
Au terme de l'instruction, 28 autres inculpés ont bénéficié d'un non-lieu total. Parmi eux figure un ressortissant français, un ingénieur d'une trentaine d'années résidant à Dakar et placé en détention provisoire depuis le 14 février dernier.
Abandon des accusations liées au VIH
Ces arrestations massives — plus d'une centaine au total au cours des derniers mois — s'inscrivaient dans un climat social empreint d'un rejet clair du phénomène de de l’homosexualité. Plusieurs personnalités locales figuraient parmi les prévenus, dont certains étaient publiquement accusés d'avoir transmis volontairement le virus du sida.
Sur ce volet, le juge d'instruction a prononcé un non-lieu général : les charges de « mise en danger de la vie d'autrui » et de « transmission volontaire du VIH/SIDA » ont toutes été abandonnées faute de fondement légal ou factuel retenu à ce stade.
Toutefois, ce dossier judiciaire est loin d'être clos. Le ministère public, qui avait initialement requis le renvoi de l'ensemble des suspects pour toutes les infractions visées, a immédiatement interjeté appel de la décision de non-lieu. Un nouveau réexamen du dossier devrait avoir lieu d'ici quelques semaines.
Un durcissement législatif sur le continent
Cette affaire intervient quelques mois après le vote, en mars dernier, d'une nouvelle loi renforçant la pénalisation de l'homosexualité au Sénégal. Le texte a doublé les sanctions encourues, portant désormais les peines de prison de cinq à dix ans pour toute relation homosexuelle.
Le Sénégal s'inscrit dans une dynamique régionale de rejet de la pratique jugée contre-nature. Plusieurs États d'Afrique de l'Ouest ont promulgué des textes durcissant la criminalisation des relations intimes entre partenaires de même sexe. À l'échelle du continent africain, seule une vingtaine de pays sur 54 ne pénalisent pas légalement l'homosexualité.

