Libre-circulation dans la CEDEAO : quand le paradis communautaire se heurte à la dure réalité des frontières
En mission d'information à Cotonou, les parlementaires ouest-africains ont mesuré l'abîme entre les textes communautaires et les réalités de terrain. Immersion chez « Les Fruits Tillou », fleuron industriel confronté au parcours du combattant de l'exportation régionale.
Au troisième jour de leur réunion délocalisée dans la capitale économique béninoise, les députés du Parlement de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont quitté le confort des salles de conférence pour se confronter aux réalités brutes du terrain. Une immersion sans concession destinée à évaluer l'effectivité des accords de libre-échange et les entraves réelles qui gâtent le commerce transfrontalier.
La délégation parlementaire s'est rendue successivement sur deux sites stratégiques : le Complexe Industriel de Glo-Djigbé (GDIZ), vitrine de la transformation locale, et l'entreprise agro-industrielle « Les Fruits Tillou », pionnière de l'exportation d'ananas et de jus de fruits de haute qualité.
Une saga industrielle de 4 milliards de FCFA

Accueillis avec fermeté et passion par la Directrice Générale et promotrice du site, Mme Bertille Guèdègbé Marcos, les représentants régionaux ont découvert une success-story impressionnante mais semée d'embûches. Démarrée à une échelle strictement artisanale, la structure s'est progressivement métamorphosée en un complexe industriel moderne, représentant aujourd'hui un investissement global estimé à plus de 4 milliards de FCFA.
Pourtant, malgré ce saut technologique et cette montée en gamme, le discours de l'entrepreneure béninoise a sonné comme un réquisitoire contre les dysfonctionnements du marché unique ouest-africain :
« Il est paradoxal et profondément anormal qu'il soit aujourd'hui plus facile et fluide pour mon entreprise d'exporter ses produits vers l'Union Européenne ou la Chine que vers nos pays voisins de l'espace CEDEAO. » — Bertille Guèdègbé Marcos, Promotrice de Les Fruits Tillou
Devant des élus attentifs, Mme Guèdègbé Marcos a égrainé la longue liste des obstacles qui freinent son expansion régionale : accès étriqué aux financements adaptés, tracasseries douanières récurrentes, pannes répétées dans la libre circulation des biens et surcoûts logistiques aberrants. Le marché communautaire, promis comme un bassin de plus de 400 millions de consommateurs, ressemble trop souvent à un dédale bureaucratique.
Le nœud gordien de l'organisation agricole

Poussant son analyse au cœur des chaînes de valeur, l'ingénieure de formation a livré un témoignage poignant sur le blocage structurel des petits producteurs de la sous-région : « Si les petits producteurs n'ont pas d'entreprise formelle à l'heure où nous sommes, ils ne peuvent pas s'adresser aux structures qui donnent des crédits. Depuis des années, on nous éduque en nous disant d'aller les regrouper en coopératives. Mais quelle est la réalité ? » — Bertille Guèdègbé Marcos
L'engagement solennel des députés
Face à ce diagnostic lucide et sans complaisance, les parlementaires de la CEDEAO ont pris la mesure de l'urgence. Conscients que l'intégration économique régionale ne pourra se concrétiser sans des champions industriels locaux forts, les députés ont pris bonne note de l'ensemble des doléances.
Ils se sont engagés solennellement à porter ce plaidoyer auprès des instances décisionnelles communautaires et des gouvernements nationaux afin de faire tomber définitivement les barrières tarifaires et non-tarifaires qui asphyxient l'entrepreneuriat local. Pour que le « Consommer Ouest-Africain » ne soit plus un slogan de tribune, mais une réalité économique rentable pour nos entreprises.
