Indiquant ne plus "se sentir en phase avec la Cour pénale internationale tel qu'elle fonctionne aujourd'hui", le Tchad a annoncé lundi sa décision de se retirer de la CPI. Pour N’Djamena, la Cour se concentre trop sur les pays africains.
"Cette décision est l'aboutissement d'un examen approfondi du fonctionnement de la Cour pénale internationale (...) ainsi que de son bilan dont l'efficacité demeure limitée et à géométrie variable", a indiqué le gouvernement tchadien dans un communiqué.
Sur les treize enquêtes ouvertes par la Cour depuis son entrée en vigueur, neuf "concernent des Etats africains, contre quatre ouvertes dans d'autres régions du monde mais sans avancées concrètes", a fustigé le porte-parole.
Fondée en 2002, la Cour pénale internationale a pour mission de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves commis dans le monde, lorsque les pays n'ont pas la volonté ou la capacité de le faire eux-mêmes. Le Tchad en était membre depuis 2006.
"Système à double vitesse"
"Ce qui se passe au niveau de la CPI doit interpeler tous les pays africains qui sont encore membres de la CPI", conclut Abdoulaye Sabre Fadoul, le ministre tchadien des Affaires, appelant les autres pays africains membres de la CPI à réévaluer leur appartenance à l'institution.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont eux aussi annoncé leur retrait de la CPI début juillet, la qualifiant d'"instrument de répression néocoloniale aux mains de l'impérialisme".
La Cour essuie régulièrement des critiques, notamment dans les pays africains où elle est accusée de poursuivre majoritairement des personnalités du continent.
Pression de Washington ?
Selon un communiqué publié jeudi sur la page Facebook du ministre tchadien des Affaires étrangères, cette décision a été prise à la demande des Etats-Unis.
Les Etats-Unis ont lancé mi-juillet une offensive diplomatique majeure contre la CPI, leur bête noire, accusée de "menacer" les Américains, promettant de nouvelles sanctions et appelant leurs partenaires à s'en retirer.
Les relations entre le gouvernement de Donald Trump et l'institution, qui siège à La Haye, sont exécrables et plusieurs magistrats de la Cour font déjà l'objet de sanctions américaines.
Crimes au Soudan
Le Tchad prend cette décision alors qu'il a été accusé par l'armée soudanaise et par plusieurs ONG de leur faciliter les envois d'armes venues des Émirats arabes unis (EAU) à destination des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), qui s'opposent depuis avril 2023 à l'armée soudanaise dans une guerre civile meurtrière.
Les deux belligérants du conflit soudanais sont régulièrement accusés par la communauté internationale de crimes de guerre: ciblage systématique de civils et bombardements indiscriminés de zones habitées.
