Grâce présidentielle au Bénin : Reckya Madougou libérée ?

Grâce présidentielle au Bénin : Reckya Madougou libérée ?

Alors que le nouveau chef de l'État Romuald Wadagni a gracié des centaines de détenus à l'occasion de la fête nationale, la figure emblématique de l'opposition Reckya Madougou demeure maintenue derrière les barreaux. Un signal fort qui illustre les limites d'une décrispation politique encore très sélective.

 

C’était un geste très attendu par la classe politique et la société civile à l'occasion de la fête d'indépendance du Bénin. Le président de la République, Romuald Wadagni, a accordé sa grâce à des centaines de détenus. Mais au milieu des libérations annoncées, une absence retentit avec une acuité particulière : celle de Reckya Madougou.

L'ancienne candidate à l'élection présidentielle, condamnée en 2021 à 20 ans de réclusion criminelle par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), ne figure pas sur la liste des bénéficiaires de la clémence présidentielle. Pour ses partisans, le maintien en détention de l'opposante confirme la ligne dure maintenue à son égard, en dépit du changement de visage à la tête du pouvoir.

 

Julien Kandé Kansou libéré, la communication de l'opposition soulagée

Si la porte du pénitencier reste fermée pour Reckya Madougou, d'autres figures de l'opposition ont en revanche retrouvé la liberté. C'est le cas de Julien Kandé Kansou, membre de la cellule de communication du principal parti d'opposition, Les Démocrates, et réputé proche de l'ancien président Thomas Boni Yayi.

Placé en détention provisoire en juin 2025 puis condamné fin avril à deux ans de prison pour « incitation à la rébellion » et « harcèlement par le biais d'un système électronique » en raison de ses publications sur les réseaux sociaux, le chroniqueur et poète a pu regagner son domicile.

 

Un paysage politique sous haute tension

Cette grâce sélective intervient dans un climat politique extrêmement lourd, hérité de la présidence de Patrice Talon (2016-2026), souvent accusé par ses détenteurs d'avoir opéré un virage autoritaire. Élu en avril dernier pour lui succéder, son ancien ministre de l'Économie Romuald Wadagni était attendu sur le terrain de la réconciliation nationale.

Pourtant, le tableau des détenus politiques reste particulièrement chargé. Reckya Madougou et Joël Aïvo, deux figures majeures de l'opposition condamnées à de lourdes peines d'au moins 10 ans de prison, restent toujours incarcérées. Olivier Boko et Oswald Homéky : l'ancien intime du président et l'ex-ministre des Sports, eux aussi frappés par de sévères condamnations. Sans oublier Chadrac Watowoèdé, activiste proche de Kémi Séba, gardé en détention provisoire  depuis plusieurs mois et Steve Amoussou (dit « Frère Hounvi »), le célèbre cyberactiviste critique du pouvoir, dont la peine de deux ans de prison ferme a été confirmée en appel. Plusieurs militaires et personnalités politiques  sont également écrouées suite à une tentative de coup d'État déjouée en décembre dernier.

En maintenant Reckya Madougou sous les verrous tout en relâchant d'autres voix critiques, le pouvoir béninois semble adresser un message nuancé : si une marge de clémence existe pour certains opposants de second rang ou acteurs de la société civile, le sort des têtes d'affiche de la contestation politique, lui, demeure inchangé.