Washington poursuit sa politique d'expulsion vers des pays tiers. Vendredi dernier, un nouveau contingent de migrants ouest-africains a atterri à Freetown. Parmi eux se trouve au moins un citoyen togolais, victime d'un accord controversé entre les USA et la Sierra Leone.
C'est un véritable drame humain qui se joue à des milliers de kilomètres de nos frontières, mais qui touche désormais directement le Togo. Vendredi dernier, un vol en provenance des États-Unis a déposé dix migrants en situation irrégulière sur le tarmac de l'aéroport international de Freetown, en Sierra Leone.
Parmi ces personnes expulsées de la première puissance mondiale – un groupe composé de neuf hommes et une femme originaires d'Afrique de l'Ouest – figure un ressortissant togolais, aux côtés de citoyens du Ghana, du Liberia, du Bénin et du Nigeria.
Un traitement hors normes loin du pays natal
Pourquoi la Sierra Leone et non Lomé ? Ce transfert s'inscrit dans le cadre d'un dispositif américain vivement contesté, consistant à déporter des ressortissants étrangers vers des « pays tiers », c'est-à-dire des États dont ils ne sont pas originaires.
Plutôt que d'être rapatrié auprès des siens au Togo, notre compatriote a été pris en charge dès son atterrissage par des services de sécurité sierra-léonais, avant d'être transféré dans un centre géré par Kenvah Solutions, un prestataire privé engagé par le gouvernement local. Pour l'heure, les autorités de Freetown ont tenu la presse à l'écart, laissant planer l'incertitude sur les conditions réelles de détention et d'accueil de ces migrants.
1,5 million de dollars au cœur des controverses
Cette vague d'expulsions porte désormais à 32 le nombre de ressortissants africains envoyés en Sierra Leone par Washington. Mais ce « service d'accueil » rendu par Freetown n'est pas gratuit : selon un document du ministère des Affaires étrangères sierra-léonais, l'administration américaine finance ce programme à hauteur de 1,5 million de dollars (environ 900 millions de FCFA) pour couvrir les frais d'opération et de soutien humanitaire.
La Sierra Leone rejoint ainsi une liste grandissante de pays africains (Guinée équatoriale, Rwanda, Ghana, RDC) ayant accepté des accords similaires avec les États-Unis, souvent monnayés contre des appuis financiers ou logistiques.
Alors que le sort exact de notre compatriote à Freetown reste flou, cette affaire soulève de nombreuses inquiétudes au sein de la diaspora et de la société civile : jusqu'où ira cette externalisation de la gestion des migrants, qui relègue des citoyens ouest-africains dans des pays qui ne sont pas les leurs ?

