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Cameroun : l'absence prolongée de Paul Biya ravive les tensions et paralyse le pays

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En séjour privé à Genève depuis près de deux mois, le président camerounais, âgé de 93 ans, suscite l'inquiétude et la colère de la classe politique. Entre vacance du pouvoir dénoncée par l'opposition et défense gouvernementale, le pays semble figé dans un statu quo institutionnel.

Parti le 7 juin dernier du Cameroun pour ce qui était officiellement annoncé comme un « court séjour privé en Europe », le président Paul Biya totalise plus de 50 jours hors du territoire national. Accompagné de son épouse Chantal Biya, le doyen des chefs d'État en exercice dans le monde séjourne une nouvelle fois à Genève, en Suisse. Une absence prolongée qui alimente d'intenses spéculations sur son état de santé et remet au premier plan la question de l'inertie du pouvoir politique à Yaoundé.
Face à la persistance des rumeurs d'hospitalisation dans des cliniques genevoises, le pouvoir cherche à temporiser. Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a catégoriquement démenti toute dégradation de la santé du chef de l'État. De son côté, James Fame Ndongo, cadre du parti présidentiel (RDPC) et ministre de l'Enseignement supérieur, a rejeté fermement toute idée de vacance du pouvoir, affirmant que le président « suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent ses collaborateurs », quelle que soit sa localisation.

 

L'opposition dénonce un « pilotage automatique »


Cette posture officielle est loin d'apaiser l'opposition politique, qui dénonce une dérive institutionnelle. Pour Mamadou Mota, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), l'absence prolongée du chef de l'État est le symptôme d'un « vide institutionnel criant ». Du côté du Social Democratic Front (SDF), on raille un pays laissé en « pilotage automatique ».
Face à ce blocage récurrent — la dernière absence prolongée remontant à fin 2024 avec une cinquantaine de jours passés hors du pays —, la présidente de l'Union démocratique du Cameroun (UDC), Patricia Tomaïno Ndam Njoya, a formellement appelé le gouvernement à instaurer « une procédure impartiale de constatation de l'empêchement temporaire ou définitif » du président de la République.
« Les gens sont déjà épuisés d'attente. D'abord parce que le gouvernement actuel est en place depuis huit ans, ce qui constitue un record. Ensuite parce que nous sortons d'une élection aux résultats très mitigés. Beaucoup considèrent qu'après une élection, c'est le moment du renouvellement. » — Viviane Ondoua Biwolé, professeure en management public à l'université de Yaoundé

 

Un blocage politique global et des réformes au point mort


La frustration d'une large partie de la population s'explique par un essoufflement généralisé des institutions. Réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat à la suite d'un scrutin vivement contesté par l'opposition et accueilli avec réserve par les chancelleries occidentales — des tensions ayant donné lieu à des manifestations mortelles —, Paul Biya s'était engagé, lors de son discours à la Nation du 31 décembre suivant, à former une nouvelle équipe gouvernementale « dans les prochains jours ».
Sept mois plus tard, le remaniement promis n'a toujours pas eu lieu. À cela s'ajoute le report répété des élections municipales et législatives, prolongeant indéfiniment le mandat des élus locaux et parlementaires en place. Dans ce climat d'attente prolongée, l'exaspération grandit face à un appareil d'État perçu comme paralysé par l'éloignement et la longévité de son exécutif.