Devant un parterre de jeunes réunis lors d’une rencontre officielle, le Président de la Transition burkinabè, le Capitaine Ibrahim Traoré, a prononcé un discours sans détour sur la religion, l'émancipation intellectuelle et la valeur primordiale du travail. S'attaquant vertement au « mauvais enseignement des religions », le chef de l'État burkinabè ainvité la jeunesse africaine à rompre avec la passivité et l'attentisme.
La religion détournée de son sens initial
Dans son intervention, le Capitaine Traoré a dénoncé l’utilisation de la foi comme instrument d’asservissement et de domination politique. Sans renier la foi en Dieu, le président de la Transition insiste sur la dérive dogmatique qui paralyse le continent :
« La mauvaise compréhension des religions, le mauvais enseignement des religions... J'insiste : la mauvaise compréhension des religions et le mauvais enseignement des religions; l'utilisation des religions à des fins perfides, à des fins politiques, à des fins de domination. Il faut que vous soyez lucides, vous les jeunes. »
Pour illustrer son propos, Ibrahim Traoré a convoqué la fameuse parabole de l'homme d'État kényan Jomo Kenyatta. Il a rappelé que lors de l'arrivée des missionnaires, les Africains avaient la terre et les colonisateurs avaient la Bible. « Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Et lorsque nous avons ouvert les yeux, le Blanc avait la terre et nous, nous avions la Bible », a-t-il rappelé, invitant l'auditoire à saisir la profondeur stratégique de cette citation plutôt que de la lire superficiellement.
« Dieu ne viendra pas vous donner ce que vous voulez »
S'attaquant au fatalisme religieux qui pousse certains citoyens à abandonner tout effort intellectuel ou physique au profit d'une attente illusoire du miracle divin, le Capitaine Traoré a tenu à clarifier le rôle de l'Homme face à son Créateur. Selon lui, refuser d'utiliser son intelligence constitue un déni du don divin :
« Dieu ne viendra pas vous donner ce que vous voulez. S'il vous a créés avec un cerveau et des membres, c'est pour que vous puissiez les exploiter pour être utiles à vous, votre famille et à votre communauté. Car un être qui n'est pas utile au monde, qui n'est pas utile à sa communauté, je dirais c'est un ennemi de Dieu. »
Le chef de l'État burkinabè a également réitéré ses propos tenus antérieurement à Ouahigouya, affirmant que le refus d'exploiter son cerveau revient à dire à Dieu qu'il a eu tort de donner l'intelligence à l'être humain.
Un appel au travail et à l'effort collectif
Pointant du doigt les paradoxes de certains guides spirituels qui prêchent le renoncement aux biens matériels tout en menant un train de vie somptueux, le Capitaine Ibrahim Traoré a vivement recadré la jeunesse :
« Si quelqu'un vous dit d'aller vous asseoir et attendre votre pitance que ça vienne de Dieu, c'est un ennemi à vous. Il faut bosser. Tant que vous ne vous battez pas, Dieu ne vous accompagne pas. Certains guides religieux vous diront cela, mais eux-mêmes, ils vivent dans le luxe. »
En conclusion, le président burkinabè a salué les hommes de foi — prêtres, imams ou pasteurs — qui associent leur ministère à une activité productive. Il a appelé l'ensemble des acteurs à changer de comportement et à faire de la quête permanente du savoir et du travail le véritable moteur du développement de l'Afrique.

