Le gouvernement de transition au Mali a instauré de nouvelles taxes touchant l’alcool, la téléphonie et les transferts d’argent. Présentées comme une contribution au développement, elles suscitent des critiques de la part des acteurs économiques et politiques, qui s’interrogent sur leur légalité et leur équité.
Depuis le 7 février 2025, de nouvelles taxes sont appliquées au Mali. Une contribution spéciale sur l’alcool impose 1 000 francs CFA par litre pour les boissons produites localement contenant entre 6 et 15 degrés d’alcool, et 3 000 francs CFA par litre au-delà de ce seuil. Ces montants sont doublés pour les boissons importées, ce qui touche particulièrement le vin et les alcools forts comme le whisky ou la vodka.
Paradoxalement, la bière, dont le degré d’alcool est généralement inférieur à 6 degrés, échappe à cette taxation. Une situation jugée « injuste » par certains acteurs du secteur viticole, qui y voient un choix davantage politique qu’économique.
Outre l’alcool, les consommateurs maliens doivent désormais payer une taxe de 10 % sur chaque recharge de crédit téléphonique et une autre de 1 % sur chaque transfert d’argent via mobile money.
Ces mesures sont justifiées par les autorités comme un moyen d’augmenter les recettes publiques et de mieux réguler la consommation d’alcool.
Cependant, des voix s’élèvent pour questionner leur pertinence et leur impact social. Pour de nombreux observateurs, la bière étant la boisson alcoolisée la plus consommée dans le pays, son exemption interroge sur l’équilibre de la réforme.
D’un point de vue juridique, l’ancien Premier ministre Moussa Mara souligne une possible irrégularité dans le processus d’adoption de ces taxes. En effet, elles ont été instaurées par ordonnance gouvernementale, sans consultation du Conseil national de transition (CNT), alors que la loi d’habilitation ne couvre pas explicitement la création de nouveaux impôts.
L’application de ces taxes alourdit la charge financière des ménages, dans un contexte économique déjà difficile. Les nouvelles contributions sur la téléphonie et les transferts d’argent touchent directement les citoyens, notamment les couches populaires qui dépendent largement de ces services.
Face aux interrogations sur la légalité et l’équité de ces mesures, les autorités maliennes restent silencieuses. Pour l’instant, aucune révision des taxes n’a été annoncée, mais les critiques persistent, alimentant le débat sur la gouvernance fiscale du pays.
M.A