À LA UNE Mali : Aliou Diallo lance un appel à l'unité et au consensus Jeudi 1er octobre 2026 · Lomé

Guinée : tensions politiques post-mortem

Guinée : tensions politiques post-mortem

Au lendemain du décès de l'ancien Premier ministre Sidya Touré à Paris, le gouvernement de transition guinéen espérait organiser des obsèques nationales à Conakry. Un vœu fermement rejeté par la famille du défunt, qui a fait le choix de l'inhumer en Côte d'Ivoire, sur fond d'amertume et d'un lourd passif politique.

 

La disparition de Sidya Touré, figure majeure de la scène politique guinéenne décédée le vendredi 25 septembre à l’Hôpital américain de Paris à l’âge de 81 ans, suscite une vive émotion entre Conakry et Abidjan. Mais au-delà de la sympathie et du deuil, son décès ravive d'incurables fractures entre ses proches et les autorités actuelles de Conakry.

 

Un « non » catégorique aux autorités de la transition

L'épisode a tourné au camouflet pour le gouvernement guinéen. Lundi 28 septembre, le Premier ministre Bah Oury s'est rendu au domicile familial du défunt pour présenter les condoléances officielles au nom du Général Mamadi Doumbouya, exprimant au passage le souhait du régime « que celui qui a voulu diriger la Guinée puisse reposer au pays ».

Une requête rejetée séance tenante par la famille. Pour l'entourage du fondateur de l’Union des Forces Républicaines (UFR), l'initiative des autorités de transition frôle l'hypocrisie face au traitement réservé à l'homme d'État de son vivant.

 

Exil et spoliation : la blessure de La Minière

Pour comprendre ce refus net, il faut remonter à 2022. Après le coup d'État du 5 septembre 2021, Sidya Touré et les figures de l'opposition réclamaient un calendrier clair pour le retour à l'ordre constitutionnel. La réponse du CNRD ne s'était pas faite attendre : l'ancien Premier ministre (1996-1999) avait été expulsé de sa résidence officielle du quartier de La Minière à Conakry.

Alors que Sidya Touré avait toujours maintenu avoir acquis ce terrain nu en toute légalité durant son passage à la Primature, le régime militaire l'a récupéré d'office au titre du « patrimoine bâti de l'État ». Éprouvé par ce qu'il considérait comme une humiliation publique, l'homme politique s'était retranché en Côte d'Ivoire. En exil à Abidjan, coupé de l'arène politique et progressivement délaissé par d'anciens alliés, il aura vécu ses dernières années dans une discrétion totale.

 

Des obsèques prévues le 9 octobre à Abidjan

C'est donc en terre ivoirienne, son pays d'adoption et de refuge, que reposera l'ancien Premier ministre. Selon des sources locales, son ancien employeur en Côte d'Ivoire aurait déboursé 100 millions de francs CFA pour contribuer à l'organisation des obsèques.

Inititialement pressenties pour le vendredi 2 octobre, les funérailles de celui qu'on surnommait discrètement « Mengain Dounké » se tiendront finalement le vendredi 9 octobre 2026 à Abidjan. Un dernier voyage loin de sa terre natale, scellant le désaccord ultime entre sa famille et le pouvoir de Conakry.

 

Idrissa Keita