GRAND ENTRETIEN POLITICO-ÉCONOMIQUE Prof. Aimé T. Gogué : « Le passage à la Vᵉ République constitue un recul démocratique au Togo »

GRAND ENTRETIEN POLITICO-ÉCONOMIQUE  Prof. Aimé T. Gogué : « Le passage à la Vᵉ République constitue un recul démocratique au Togo »

 [Réforme constitutionnelle, marge de manœuvre parlementaire, coût de la vie, dette publique et vision à l'horizon 2030 : l'analyse sans détour du président de l'ADDI.]

 

Alors que le Togo traverse des mutations institutionnelles et économiques majeures, marquées par la révision constitutionnelle de 2024 instaurant un régime parlementaire et une pression accrue sur le pouvoir d'achat, le Professeur Aimé Tchabouré Gogué — économiste, député et président de l'Alliance Démocratique pour le Développement Intégré (ADDI) — livre une analyse sans détour. De la viabilité de la dette publique au bilan du contrôle parlementaire, en passant par la stratégie de l'opposition et un appel vibrant à la jeunesse et à la diaspora, il passe au cribles les enjeux cruciaux de la nation.

Propos recueillis par la Rédaction | Temps de lecture : 15 min

 

                      SOMMAIRE INTERACTIF

 ┌──────────────────────────────────────────────────────────────┐

  I.  Mutations Constitutionnelles & Légitimité Démocratique   

  II. Contrôle Parlementaire & Débat Public                   

  III. Unité de l'Opposition & Stratégie Politique             

  IV. Analyse Économique & Pouvoir d'Achat des Ménages       

  V.  Finances Publiques & Trajectoire de la Dette           

  VI. Propositions Économiques & Relance de l'Emploi         

  VII. Espace Civique & Mobilisation Citoyenne                 

  VIII. Message à la Jeunesse Togolaise                         

  IX. Perspectives de l'ADDI & Vision Togo 2030               

  X.   Appel à la Nation & à la Diaspora                       

 └──────────────────────────────────────────────────────────────┘

 

I. Mutations Constitutionnelles & Légitimité Démocratique

 

afriqueinter.tg : Professeur Gogué, le Togo traverse une période de mutations institutionnelles majeures avec les réformes constitutionnelles et le passage à un régime parlementaire. Quelle est l'analyse de l'ADDI sur l'impact réel de ces changements sur la démocratie togolaise ?

Prof. Aimé T. Gogué : Le passage de la IVᵉ à la Vᵉ République, à la suite de la réforme constitutionnelle de 2024, constitue, à mon sens, un recul démocratique au Togo. Cette appréciation ne repose pas nécessairement sur le choix du régime parlementaire en lui-même. Un régime parlementaire peut parfaitement fonctionner dans un cadre démocratique. La question essentielle est plutôt celle des conditions politiques, institutionnelles et procédurales dans lesquelles ce changement de régime a été opéré.

Depuis le début des années 2000, une partie importante du combat démocratique au Togo a porté sur la limitation du nombre de mandats présidentiels. Cette revendication a été au cœur de nombreuses mobilisations politiques et sociales. Des Togolais ont été emprisonnés, contraints à l’exil ou ont perdu la vie au cours des différentes crises politiques qui ont marqué cette période. Après les importantes manifestations de 2017 et 2018, la révision constitutionnelle de 2019 avait finalement rétabli la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels.

La réforme constitutionnelle de 2024 est intervenue cinq ans seulement après ce compromis institutionnel. Elle a profondément modifié l'architecture du pouvoir en faisant passer le Togo d'un régime présidentiel à un régime parlementaire. Or une transformation d'une telle ampleur aurait dû, pour renforcer sa légitimité démocratique, reposer sur un large consensus national et sur une procédure permettant aux citoyens de se prononcer directement sur le nouveau système institutionnel.

Les conditions dans lesquelles cette réforme a été adoptée ont au contraire suscité de sérieuses interrogations. Le premier texte a été voté en mars 2024 par une Assemblée nationale dont le mandat, initialement prévu pour prendre fin le 31 décembre 2023, avait été prorogé dans l'attente des élections législatives. Au-delà du débat juridique sur la capacité de cette Assemblée à procéder à une réforme aussi fondamentale, se pose donc une question de légitimité démocratique : une Assemblée arrivée au terme de son mandat politique devait-elle engager le pays dans un changement aussi profond de régime, à quelques semaines du renouvellement de sa composition ?

La question de la procédure est tout aussi importante. La Constitution de 1992 protégeait notamment la forme républicaine et la laïcité de l'État contre toute procédure de révision. Le débat porte dès lors sur la question de savoir si le passage à une nouvelle République et la transformation profonde de l'organisation des pouvoirs pouvaient être réalisés par une simple procédure parlementaire ou s'ils exigeaient l'intervention directe du peuple par référendum. Compte tenu de l'ampleur du changement, le recours au référendum aurait incontestablement conféré au nouveau régime une légitimité démocratique beaucoup plus forte.

[Modifier profondément l'ordre constitutionnel sans consultation directe des citoyens constitue une rupture politique majeure. Une Constitution démocratique suppose une procédure constituante bénéficiant d'une légitimité indiscutable.]

Cette question est d'autant plus importante que les grandes ruptures constitutionnelles de l'histoire politique togolaise ont généralement été soumises au suffrage populaire. La Constitution de 1992 elle-même, qui avait marqué le retour au multipartisme et à un nouvel ordre institutionnel, avait été adoptée par référendum. Modifier profondément cet ordre sans consultation directe des citoyens constitue donc une rupture politique majeure.

Les consultations organisées après le premier vote parlementaire ne peuvent difficilement être considérées comme l'équivalent d'un référendum ou d'un véritable processus constituant participatif. Des rencontres ont certes été organisées avec différentes catégories de la population et des « forces vives », mais leur représentativité, leurs modalités d'organisation et la place accordée aux différentes sensibilités politiques ont été fortement contestées. Une réforme constitutionnelle de cette importance aurait nécessité un débat national beaucoup plus ouvert, contradictoire et transparent, permettant aux citoyens de connaître précisément les institutions proposées et d'en mesurer les conséquences.

C'est précisément sur ce point que se situe, selon moi, le principal problème démocratique. La démocratie ne se réduit pas à la nature présidentielle, semi-présidentielle ou parlementaire d'un régime. Elle dépend de la manière dont les règles du jeu politique sont élaborées, acceptées et appliquées. Une Constitution démocratique suppose non seulement des institutions susceptibles de limiter et d'équilibrer les pouvoirs, mais également une procédure constituante bénéficiant d'une légitimité suffisante.

Le passage au régime parlementaire aurait pu constituer une occasion de renforcer la démocratie togolaise, notamment en accroissant le rôle du Parlement, la responsabilité politique du gouvernement et les mécanismes de contrôle de l'exécutif. Mais ces avantages théoriques ne peuvent produire leurs effets que dans un environnement caractérisé par un véritable pluralisme politique, des élections compétitives, une séparation effective des pouvoirs et des institutions capables d'exercer leurs fonctions de contrôle en toute indépendance.

Dans un système où un même parti dispose d'une majorité parlementaire écrasante et contrôle durablement les principales institutions, le passage au parlementarisme peut au contraire avoir pour effet de déplacer le centre du pouvoir sans nécessairement renforcer les mécanismes démocratiques de contrôle et d'alternance. Le problème n'est donc pas seulement de savoir qui exerce le pouvoir, mais de déterminer s'il existe des mécanismes réels permettant de le limiter, de le contrôler et, surtout, d'en assurer l'alternance.

En définitive, l'impact démocratique de la réforme constitutionnelle de 2024 doit être apprécié à deux niveaux. Sur le plan institutionnel, le parlementarisme n'est pas en lui-même contraire à la démocratie et pourrait même, dans certaines conditions, renforcer le contrôle du pouvoir exécutif. Sur le plan politique et procédural, cependant, la manière dont la Vᵉ République a été instaurée soulève un problème majeur de légitimité.

C'est pourquoi le véritable enjeu n'est pas simplement le passage d'un régime présidentiel à un régime parlementaire. Il réside dans la question fondamentale suivante : une transformation aussi profonde des règles d'exercice et de transmission du pouvoir peut-elle renforcer la démocratie lorsqu'elle n'est ni issue d'un large consensus politique ni directement approuvée par les citoyens ?

Dans ces conditions, les fondations démocratiques de la Vᵉ République apparaissent fragiles. Et lorsque la légitimité du processus constituant est contestée dès l'origine, le risque est grand que le nouveau système institutionnel, au lieu de résoudre la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés, contribue à l'approfondir.

 

II. Contrôle Parlementaire & Débat Public

afriqueinter.tg : Vous siégez à l'Assemblée nationale en tant que figure de l'opposition. Face à une majorité parlementaire écrasante, de quels moyens les députés de l'opposition disposent-ils encore pour peser sur les décisions, contrôler l'action du gouvernement et faire entendre les préoccupations des citoyens ?

Prof. Aimé T. Gogué : Dans les démocraties encore fragiles, les marges de manœuvre de l'opposition parlementaire sont généralement limitées. La majorité a naturellement la capacité de faire adopter les textes qu'elle soutient et les préoccupations exprimées par la minorité risquent, dans ces conditions, de n'occuper qu'une place secondaire. Au Togo, compte tenu du rapport de forces actuel à l'Assemblée nationale, il est évident que la très faible représentation de l'opposition limite considérablement sa capacité à peser directement sur les décisions et sur le vote des lois.

Mais il faut éviter de réduire le rôle d'un député à sa seule capacité à faire adopter ou rejeter une loi. Dans une démocratie, le Parlement a également pour mission de contrôler l'action du gouvernement, d'interroger les ministres, d'évaluer les politiques publiques, de demander des comptes sur l'utilisation des ressources publiques et, plus généralement, de porter les préoccupations des citoyens dans le débat national.

De ce point de vue, même une opposition très minoritaire peut jouer un rôle utile. Elle peut attirer l'attention sur des problèmes insuffisamment pris en compte, interpeller le gouvernement, proposer des solutions et contribuer à améliorer la transparence et la gouvernance. Mais encore faut-il que l'Assemblée nationale elle-même exerce pleinement ses prérogatives et que les mécanismes de contrôle parlementaire puissent fonctionner effectivement.

Or, sur ce point, le bilan de la législature actuelle me paraît préoccupant. Depuis le début de ses travaux en mai 2024, seulement deux questions d'actualité et deux questions orales avec débat ont, à ma connaissance, été examinées. Les questions d'actualité ont porté notamment sur l'accident provoqué par un camion-citerne surdimensionné ayant endommagé une passerelle sur la RN1 à Togblékopé et sur la pénurie d'eau à Kara. Les deux questions orales avec débat ont concerné les matchs de football présumés truqués et les graves difficultés dans la fourniture de l'électricité par la CEET.

Pourtant, ce ne sont pas les sujets d'interpellation qui manquent. Des députés, aussi bien de l'opposition que de la majorité, ont déposé plusieurs questions au gouvernement. Personnellement, j'en ai déposé une quinzaine qui, jusqu'à présent, n'ont pas encore été examinées. Elles concernent des domaines aussi divers que :

  • Les infrastructures routières et rurales,
  • L'agriculture et la souveraineté alimentaire,
  • La gouvernance des marchés et commandes publics,
  • Les libertés syndicales et le droit de grève,
  • L'allocation des ressources dans le secteur de l'éducation,
  • L'action des forces de défense et de sécurité lors des manifestations de juin 2025,
  • Le fonctionnement de l'Office Togolais des Recettes (OTR),
  • La gestion des projets financés sur ressources extérieures,
  • Les résultats concrets de la lutte contre la corruption.

Cette situation conduit à une conclusion importante : la faiblesse de l'influence de l'opposition au Parlement ne tient pas seulement à son nombre de députés. Elle tient également à la faiblesse des mécanismes permettant au Parlement, majorité et opposition confondues, d'exercer pleinement son pouvoir de contrôle sur l'exécutif.

Une majorité parlementaire n'a pas seulement pour fonction de soutenir le gouvernement. Elle représente, elle aussi, les citoyens et doit pouvoir demander des comptes à l'exécutif. La véritable question est donc celle de la séparation et de l'équilibre des pouvoirs. Plus le Parlement assume son indépendance à l'égard de l'exécutif, plus l'opposition, même très minoritaire, peut contribuer utilement au fonctionnement de la démocratie.

Dans ces conditions, notre rôle n'est pas inutile. Il consiste à utiliser tous les moyens institutionnels disponibles pour interpeller, proposer, alerter et laisser une trace dans le débat public. Être minoritaire ne signifie pas être condamné au silence. Mais pour qu'une minorité parlementaire puisse réellement jouer son rôle, encore faut-il que le Parlement lui-même dispose de l'espace nécessaire pour exercer pleinement le sien.

 

III. Unité de l'Opposition & Stratégie Politique

afriqueinter.tg : Les citoyens reprochent souvent à l'opposition togolaise son manque d'unité face au pouvoir. Pourquoi une stratégie commune peine-t-elle à s'imposer durablement et quelles propositions concrètes faites-vous pour y remédier ?

Prof. Aimé T. Gogué : Depuis le début des années 1990, l'appel à l'unité de l'opposition revient régulièrement dans le débat politique togolais. Cette aspiration de la population est compréhensible. Face à un régime installé au pouvoir depuis plusieurs décennies, beaucoup de citoyens considèrent que le rassemblement des forces d'opposition constitue une condition indispensable à l'alternance.

Il faut cependant apporter une nuance importante : l'union de l'opposition n'est pas, à elle seule, une condition suffisante pour provoquer l'alternance politique. L'expérience togolaise, comme celle d'autres pays, montre que d'autres facteurs interviennent : les conditions d'organisation des élections, l'indépendance des institutions, le rapport de forces politique et social, la capacité de mobilisation de la population, ainsi que la crédibilité des alternatives proposées.

Cela étant dit, l'unité d'action reste souhaitable. Elle peut renforcer la crédibilité de l'opposition, éviter la dispersion des forces, faciliter la mobilisation des citoyens et permettre de concentrer les efforts sur des objectifs communs. Or, malgré de nombreuses initiatives depuis les années 1990, les tentatives de rapprochement ont souvent été suivies de désaccords, de ruptures ou d'échecs.

Il faut toutefois éviter une explication trop simpliste qui consisterait à attribuer ces échecs uniquement aux ambitions personnelles des dirigeants de l'opposition. La construction d'une coalition politique durable est difficile dans tous les pays. Des partis qui ont des histoires, des cultures politiques, des stratégies et parfois des intérêts différents ne deviennent pas automatiquement une force homogène simplement parce qu'ils ont un adversaire commun.

 

┌────────────────────────────────────────────────────────────────────────┐

                  UNITÉ ORGANIQUE vs UNITÉ D'ACTION                   

❌ Unité Organique (Inégalable / Illusoire)                       

Fusion forcée des partis -> Rivalités internes -> Rupture rapide   

✅ Unité d'Action (Pragmatisme / Stratégique)                         

Conserver l'identité -> Agir sur des priorités partagées :         

     • Conditions d'élections crédibles                                 

     • Défense des libertés publiques                                   

     • Transparence budgétaire & Lutte contre la corruption             

└────────────────────────────────────────────────────────────────────────┘

 

La vraie question est donc moins de savoir pourquoi nous ne parvenons pas à réaliser une « union » permanente que de rechercher les conditions permettant une unité d'action autour d'objectifs précis et réalistes. Nous pouvons être différents, conserver l'identité et l'autonomie de nos partis, tout en nous accordant sur quelques objectifs essentiels : les conditions d'élections crédibles, la défense des libertés publiques, le respect des droits humains, la transparence de la gestion publique, l'indépendance des institutions et les conditions d'une véritable alternance démocratique.

Des initiatives sont actuellement prises par différentes personnalités pour réduire les incompréhensions, rapprocher les responsables politiques et créer les conditions d'un dialogue plus constructif entre les différentes composantes de l'opposition. Il faut encourager ces efforts. Mais leur réussite suppose que chacun accepte de faire une part du chemin, de dépasser certaines querelles anciennes et, surtout, de placer les objectifs communs au-dessus des intérêts particuliers.

La population a également un rôle à jouer dans ce processus. On ne peut pas demander quotidiennement aux responsables de l'opposition de s'unir tout en contribuant, parfois involontairement, à approfondir leurs divisions. La diffusion de rumeurs non vérifiées, les accusations sans preuves, les injures et les attaques personnelles contre les responsables ou les partis d'opposition sur les réseaux sociaux créent un climat de suspicion qui rend les rapprochements encore plus difficiles.

Cela ne signifie évidemment pas qu'il faille renoncer à la critique. La critique est indispensable en démocratie, y compris à l'égard de l'opposition. Mais elle doit reposer sur des faits, des arguments et le respect des personnes. Il faut distinguer la critique politique, qui peut faire progresser les organisations et leurs dirigeants, de la diffamation et de l'injure, qui ne font qu'alimenter les divisions.

Je reste donc optimiste, car je constate que les leaders de l’opposition sont actuellement plus disposés à déployer les efforts nécessaires pour arriver à leur rapprochement afin d’améliorer l’efficacité de la lutte contre le régime qui nous régente depuis plus de six décennies. Mon optimisme grandira à condition que nous changions aussi notre manière d'aborder la question. Il ne faut peut-être plus rechercher à tout prix une unité organique dans laquelle toutes les formations politiques devraient se fondre. L'objectif le plus réaliste est de construire progressivement une unité d'action : se mettre d'accord sur quelques priorités essentielles, définir des règles de collaboration, respecter les différences et agir ensemble chaque fois que l'intérêt démocratique du pays l'exige.

En définitive, l'unité de l'opposition ne se décrète pas ; elle se construit. Elle exige de la confiance entre les responsables politiques, mais également un environnement dans lequel les citoyens, les militants et les sympathisants contribuent davantage au rapprochement qu'à l'approfondissement des divisions.

 

IV. Analyse Économique & Pouvoir d'Achat des Ménages

afriqueinter.tg : En tant qu'économiste, quel regard portez-vous sur la situation socio-économique actuelle des ménages togolais, particulièrement face au coût de la vie et à la hausse des prix ?

Prof. Aimé T. Gogué : Je crois qu'il faut commencer par distinguer les indicateurs macroéconomiques de la réalité vécue quotidiennement par les ménages. Les statistiques officielles peuvent indiquer un taux d'inflation relativement faible, inférieur ou proche de 3 %, alors qu'une grande partie de la population a le sentiment, parfaitement compréhensible, que le coût de la vie ne cesse d'augmenter.

Il n'y a pas nécessairement de contradiction entre ces deux constats. Un taux d'inflation de 3 % ne signifie pas que les prix ont baissé ; il signifie que le niveau général des prix continue d'augmenter, mais moins rapidement qu'auparavant. Surtout, l'indice général des prix est une moyenne. Or les ménages modestes consacrent une part beaucoup plus importante de leurs revenus à l'alimentation, au logement, au transport, à l'électricité, à la santé et à l'éducation. Si le prix de ces dépenses essentielles augmente plus rapidement que l'indice général, leur perception d'une forte hausse du coût de la vie correspond à une réalité économique.

Il faut ensuite mettre cette évolution des prix en rapport avec celle des revenus. Le véritable problème du pouvoir d'achat n'est pas seulement la hausse des prix, mais l'écart entre l'évolution des prix et celle des revenus. Lorsque les prix augmentent alors que les salaires stagnent, que les revenus du secteur informel sont faibles et irréguliers ou que des travailleurs perdent leur emploi, le pouvoir d'achat se détériore. Pour beaucoup de ménages togolais, c'est cette réalité qui est aujourd'hui déterminante.

Un exemple très concret m'a encore été donné au moment même où je répondais à vos questions. J'ai reçu la visite d'un compatriote travaillant dans un établissement privé d'enseignement supérieur. Son salaire est resté pratiquement inchangé depuis plusieurs années et, de surcroît, il n'est rémunéré que neuf ou dix mois sur douze. Dans le même temps, selon son témoignage, les frais de scolarité de ses enfants ont augmenté de plus de 10 % par an au cours des dernières années. Même si l'inflation moyenne nationale est faible, son pouvoir d'achat, lui, s'est incontestablement dégradé. C'est cette différence entre la moyenne statistique et la situation particulière des ménages qu'il faut comprendre.

 

Le dilemme agricole :

[Protéger le consommateur urbain en interdisant les exportations de céréales fait baisser les prix au marché, mais appauvrit le paysan rural qui ne couvre plus ses coûts. La pauvreté est simplement déplacée.]

 

La situation du monde rural mérite également une attention particulière. Les mesures de restriction ou d'interdiction des exportations de certaines céréales peuvent être justifiées par la volonté d'assurer l'approvisionnement du marché national et de protéger les consommateurs contre la hausse des prix. Mais elles peuvent aussi avoir un effet pervers : en réduisant les débouchés des producteurs, elles exercent une pression à la baisse sur les prix agricoles.

Nous nous trouvons alors devant un véritable problème de politique économique : comment protéger le consommateur sans appauvrir le producteur ? Un prix faible des céréales peut soulager temporairement le consommateur urbain, mais si ce prix ne permet plus au paysan de couvrir ses coûts et de dégager un revenu suffisant, on déplace simplement la pauvreté vers le monde rural. À terme, on risk même de décourager la production agricole et d'aggraver le problème que l'on voulait résoudre.

Il faut enfin parler de l'emploi et de sa précarité. Le sort de travailleurs qui perdent leur emploi, notamment lorsqu'ils revendiquent l'amélioration ou le respect de leurs conditions de travail, montre que la question sociale ne peut pas être réduite aux seuls chiffres de la croissance et de l'inflation. Un ménage qui perd son revenu ne se demande plus si l'inflation est de 2, 3 ou 5 % : pour lui, la question essentielle devient celle de sa capacité à se nourrir, se loger, se soigner et scolariser ses enfants.

C'est pourquoi je pense que l'appréciation de la situation économique du Togo ne doit pas se limiter au taux de croissance du PIB, au déficit budgétaire ou au taux d'inflation. Ces indicateurs sont importants, mais ils doivent être complétés par des questions beaucoup plus simples : les revenus réels des Togolais progressent-ils ? Peuvent-ils mieux se nourrir ? Peuvent-ils se soigner ? Peuvent-ils payer la scolarité de leurs enfants ? Les jeunes trouvent-ils des emplois décents ? Les producteurs agricoles vivent-ils correctement de leur travail ?

C'est à partir de ces critères que nous devons apprécier les progrès économiques et sociaux. Une économie peut afficher des indicateurs macroéconomiques satisfaisants tout en laissant une partie importante de sa population dans la précarité.

En définitive, le problème auquel sont confrontés de nombreux ménages togolais n'est pas seulement celui de l'inflation ; c'est celui du pouvoir d'achat et, plus largement, du niveau de vie. Lorsque les dépenses essentielles augmentent alors que les revenus stagnent, deviennent irréguliers ou disparaissent avec la perte de l'emploi, les conditions de vie se dégradent, même lorsque les statistiques macroéconomiques paraissent relativement favorables.

Et c'est précisément là que doit intervenir la politique économique : la croissance n'a véritablement de sens que si elle se traduit, pour la population, par une amélioration concrète des conditions de vie.

 

V. Finances Publiques & Trajectoire de la Dette

afriqueinter.tg : La question de la gestion budgétaire et du niveau d'endettement du Togo revient régulièrement dans les débats. Quelles sont les faiblesses structurelles que vous dénoncez dans la trajectoire économique actuelle du gouvernement ?

Prof. Aimé T. Gogué : Il faut d'abord éviter une confusion assez fréquente : respecter le critère communautaire d'endettement de l'UEMOA ne signifie pas nécessairement que la dette d'un pays est soutenable ou qu'elle ne présente pas de risques.

Selon les données du ministère chargé des Finances, l'encours de la dette publique du Togo projeté à fin décembre 2025 serait de 4 506,53 milliards de FCFA, soit 68,47 % du PIB. Formellement, le Togo reste donc en dessous du seuil communautaire de 70 % du PIB.

Mais s'arrêter à ce seul indicateur donnerait une image incomplète de la situation. Ce qui m'inquiète davantage, c'est le poids croissant du service de la dette sur les finances publiques.

 

Indicateur Financier (Dette Publique)Année 2025Projection 2026
Encours Global de la Dette4 506,53 Mds FCFA (68,47% PIB)
Service Total de la Dette877,6 Mds FCFA1 069,5 Mds FCFA
• Charges financières (Intérêts)167 Mds FCFA188,6 Mds FCFA
• Amortissement du principal710,6 Mds FCFA880,9 Mds FCFA
Maturité Moyenne (Dette Intérieure vs Extérieure)Int : 3,29 ansExt : 10,41 ans
Taux d'Intérêt MoyenInt : ~6,11%Ext : ~2,59%

 

Autrement dit, plus de mille milliards de FCFA doivent être consacrés en une seule année au service de la dette. Cela représente une contrainte considérable pour un pays dont les besoins restent immenses dans l'éducation, la santé, l'agriculture, l'eau, l'assainissement ou encore les infrastructures.

Le problème fondamental est donc celui de l'espace budgétaire. Plus les ressources publiques sont mobilisées pour assurer le service de la dette, moins l'État dispose de marges de manœuvre pour financer les politiques publiques essentielles. Lorsque le service annuel de la dette atteint un niveau comparable, voire supérieur, aux ressources consacrées à plusieurs secteurs sociaux et productifs réunis, nous devons nous interroger sur les priorités de la politique budgétaire.

Une deuxième source de préoccupation concerne la structure de la dette. La dette intérieure représente désormais plus de la moitié du portefeuille de la dette publique. Cette situation présente certes un avantage : une grande partie de la dette étant libellée en FCFA ou en euros, l'exposition du Togo au risque de change reste relativement limitée. Mais cet avantage ne doit pas masquer les inconvénients de la dette intérieure. Celle-ci est généralement plus chère et de maturité plus courte que la dette extérieure.

Les données disponibles l'illustrent clairement. En 2025, la maturité moyenne de la dette intérieure est d'environ 3,29 ans, contre 10,41 ans pour la dette extérieure. De même, 25,47 % de la dette intérieure arriverait à échéance dans un délai d'un an, contre seulement 11,61 % pour la dette extérieure.

Cela signifie que l'État doit retourner beaucoup plus fréquemment sur le marché pour emprunter afin de rembourser les titres arrivant à échéance. Nous avons donc un risque de refinancement important : une partie de la nouvelle dette peut servir non pas à financer de nouveaux investissements, mais à rembourser des dettes antérieures arrivées à échéance.

Le coût constitue une autre différence majeure. Le taux d'intérêt moyen de la dette intérieure est sensiblement supérieur à celui de la dette extérieure. Si les chiffres disponibles indiquent un taux moyen d'environ 4,19 % pour l'ensemble du portefeuille en 2025, celui de la dette extérieure serait de l'ordre de 2,59 %, contre environ 6,11 % pour la dette intérieure.

Nous empruntons donc davantage sur un marché intérieur où les ressources sont plus coûteuses et remboursables plus rapidement. Cette combinaison — coût élevé et maturité courte — accroît mécaniquement la pression sur les finances publiques.

Il existe également un problème de cohérence entre la durée de la dette et la durée nécessaire pour rentabiliser les investissements qu'elle finance. Les infrastructures, les investissements agricoles, les équipements scolaires, sanitaires ou hydrauliques produisent généralement leurs effets économiques et sociaux sur une longue période. Il est donc préférable, toutes choses égales par ailleurs, de les financer par des ressources suffisamment longues. Financer des investissements à rentabilité de long terme par des emprunts à court terme crée un décalage dangereux.

Mais il y a, à mon sens, une question encore plus fondamentale : que faisons-nous de l'argent emprunté ?

La dette n'est pas mauvaise en elle-même. Un pays en développement comme le Togo a besoin d'investir massivement. Le véritable problème est de savoir si chaque franc emprunté finance des investissements suffisamment prioritaires pour produire demain plus de richesse qu'ils ne coûtent.

C'est ici que la qualité de la gouvernance économique devient déterminante. Les financements extérieurs multilatéraux imposent des règles strictes de suivi. Une dépendance accrue au marché intérieur réduit ce contrôle externe, ce qui accroît le risque que des ressources coûteuses financent des projets insuffisamment rentables.

Il faut également prendre en compte l'effet d'éviction : lorsque l'État emprunte massivement sur le marché financier régional, il assèche les liquidités disponibles pour les PME et le secteur privé local.

Voilà pourquoi je ne pense pas que le débat sur la dette togolaise puisse être résumé par cette seule affirmation : « Nous sommes à 68,47 % du PIB, donc tout va bien. » Le seuil de 70 % est un indicateur de surveillance ; ce n'est pas un certificat de bonne santé financière.

 

VI. Propositions Économiques & Relance de l'Emploi

afriqueinter.tg : Si l'ADDI et ses alliés étaient aux commandes, quelles seraient vos trois mesures prioritaires pour relancer la croissance inclusive et créer de l'emploi pour les jeunes ?

Prof. Aimé T. Gogué : Il faut d'abord partir d'un constat qui peut paraître paradoxal. Selon les estimations du FMI, le Togo enregistre depuis plusieurs années des taux de croissance économique de l'ordre de 5 % par an. C'est une performance appréciable. Mais la véritable question est : à qui profite cette croissance ?

Notre objectif ne serait pas simplement d'afficher un taux de croissance brut plus élevé, mais de transformer sa nature pour créer des emplois décents et réduire les inégalités. Je retiendrais trois priorités stratégiques :

 

┌────────────────────────────────────────────────────────────────────────┐

                   LES 3 PRIORITÉS ÉCONOMIQUES DE L'ADDI                 

 1. ÉTAT DE DROIT & SÉCURITÉ JURIDIQUE                                 

    • L'État de droit comme infrastructure économique                   

    • Impartialité de la justice & Climat de confiance des affaires     

    • Lutte sans merci contre la corruption et le népotisme           

 2. ASSAINISSEMENT BUDGÉTAIRE & AUDIT DE LA DETTE                      

    • Audit transparent et citoyen de la dette publique                 

    • Audit de gestion des régies publiques (SNPT, PAL, LONATO)         

    • Fiscalité progressive & Allègement pour les jeunes startups                                                                        

 3. INVESTISSEMENT MASSIF DANS LE CAPITAL HUMAIN & L'AGRO-INDUSTRIE     

    • Réforme de la formation (Technique, Numérique, IA, Renouvelables) 

    • Transformation locale des produits agricoles (Fin de l'export brut)

    • Infrastructures stratégiques (Énergie, Pistes rurales, Eau)       

└────────────────────────────────────────────────────────────────────────┘

Priorité 1 : Restaurer l'État de droit et la confiance pour libérer l'initiative

L'État de droit est une infrastructure économique au même titre que les routes. Un entrepreneur investit lorsqu'il sait que son droit de propriété est protégé, que les contrats sont respectés et que les règles ne changent pas de manière arbitraire. Nous renforcerions l'indépendance de la justice et lutterions avec fermeté contre la corruption et le népotisme dans les marchés publics.

Priorité 2 : Redonner des marges budgétaires et auditer la dépense publique

Avant de créer de nouveaux impôts, nous réaliserions un audit approfondi des grandes sociétés d'État (SNPT, Port autonome de Lomé, LONATO) et de l'OTR pour optimiser les recettes et veiller à une juste contribution des grandes entreprises. Parallèlement, nous lancerions un audit citoyen et transparent de la dette publique afin d'identifier les anomalies, d'éliminer les gaspillages et de renégocier ce qui peut l'être pour réorienter l'argent vers le social et les investissements productifs.

Priorité 3 : Investir dans le capital humain, l'agriculture et la transformation locale

C'est le cœur de notre stratégie pour la jeunesse :

  • Formation : Adapter l'enseignement aux métiers du futur (numérique, IA, énergies renouvelables, technologies).
  • Agro-industrie : Cesser d'exporter nos matières premières brutes (coton, anacarde, céréales) pour les réimporter sous forme transformée au prix fort. Chaque étape de transformation locale crée des emplois durables pour les jeunes Togolais.
  • Infrastructures de base : Réduire le coût de l'électricité, désenclaver les zones rurales par des pistes agricoles et améliorer l'accès à l'eau et aux réseaux logistiques.

 

VII. Espace Civique & Mobilisation Citoyenne

afriqueinter.tg : De nombreuses organisations de la société civile évoquent un rétrécissement de l'espace civique et du droit de réunion. Comment l'opposition peut-elle maintenir le lien avec la population dans ce contexte ?

Prof. Aimé T. Gogué : Le rétrécissement de l'espace civique au Togo est une réalité incontestable. Plusieurs événements marquants en témoignent :

  • L'arrestation du jeune Affectio pour de simples prises de vue photographiques d'un chantier public,
  • Les entraves subies par la députée Kafui Brigitte Adjamagbo-Johnson lors de sa mission de terrain dans la région des Savanes,
  • Les violences politiques constatées au siège de la CDPA en pleine conférence de presse,
  • La répression disproportionnée des manifestations de juin 2025,
  • L'arrestation récente d'un distributeur de journaux à Lomé,
  • La détention continue de citoyens en raison de leurs opinions politiques.

Ces situations créent un climat de peur et d'autocensure. Mais nous parlons de rétrécissement, non d'une disparition totale. Il subsiste des espaces d'action que nous devons investir avec intelligence :

  1. Privilégier les actions de proximité : À défaut de grands rassemblements publics rendus difficiles, nous devons multiplier les réunions de quartier, les échanges avec les comités de village, les syndicats, les coopératives agricoles et les groupements de femmes.
  2. Utiliser le numérique avec éthique et responsabilité : Les réseaux sociaux sont un vecteur puissant de dialogue direct avec la jeunesse. L'opposition doit y faire preuve de maturité : informer, expliquer, convaincre, plutôt qu'invectiver ou céder aux rumeurs.
  3. Placer le vécu des citoyens au centre du discours : Parler du prix du maïs, des factures d'électricité de la CEET, de la qualité des hôpitaux et des frais scolaires. L'opposition doit être une force de propositions concrètes.
  4. Relayer les luttes citoyennes à la tribune du Parlement : Faire le pont entre les interpellations citoyennes collectées sur le terrain et le travail parlementaire.

 

VIII. Message à la jeunesse togolaise

afriqueinter.tg : La jeunesse togolaise exprime parfois un désintérêt vis-à-vis de la classe politique traditionnelle. Quel message adressez-vous aux jeunes qui ne croient plus au changement par les urnes ?

Prof. Aimé T. Gogué : Je comprends parfaitement cette défiance. Elle est le résultat amer d'années d'élections contestées, de promesses non tenues et d'une alternance indéfiniment retardée. Il serait injuste de reprocher à la jeunesse son scepticisme.

Cependant, je dis aux jeunes avec force : Ne confondez pas la déception envers le système actuel avec le renoncement à votre propre pouvoir de changer les choses.

 

Le conseil du Professeur aux jeunes Togolais :

[N'attendez aucun homme providentiel. Ni dans le pouvoir, ni dans l'opposition. Il n'y aura pas de messie pour sauver le Togo. Prenez vos responsabilités, formez-vous, exigez des comptes et construisez des institutions fortes.]

 

La politique s'occupe de vous chaque jour : la facture d'électricité que vous payez, les frais d'université, les offres d'emploi inexistantes, les tarifs internet ou les taxes de l'OTR sont tous issus de décisions politiques. Se détourner des urnes et du débat public, c'est laisser à d'autres le droit absolu d'écrire votre destin.

Engagez-vous dans les associations, exigez des comptes de vos élus, proposez de nouvelles formes d'organisation et faites émerger une nouvelle génération de dirigeants. Les anciens doivent former et transmettre, non s'éterniser.

 

IX. Perspectives de l'ADDI & Vision Togo 2030

afriqueinter.tg : Quel rôle compte jouer l'ADDI dans les prochaines échéances politiques nationales, et quelle est votre vision du Togo à l'horizon 2030 ?

Prof. Aimé T. Gogué : L'Alliance Démocratique pour le Développement Intégré (ADDI) entend continuer d'être un pilier de proposition, de rigueur et d'éthique sur la scène politique togolaise.

Nos priorités à court et moyen termes :

  • Suivi juridique et diplomatique : Suivre avec rigueur les suites de l'arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO relatif à la révision constitutionnelle de 2024 et rappeler l'État togolais à ses engagements communautaires.
  • Consolidation de l'unité d'action : Poursuivre le rapprochement pragmatique avec toutes les forces vives de l'opposition et de la société civile.
  • Ancrage territorial : Poursuivre le renouvellement des instances locales du parti en y intégrant massivement des jeunes et des femmes.

 

                  LA VISION « TOGO 2030 » DE L'ADDI

  ┌─────────────────────────────────────────────────────────────┐

    • Alternance politique pacifique, régulière et démocratisée

    • Justice totalement indépendante du pouvoir exécutif     

    • Une économie diversifiée portée par l'agro-industrie     

    • Couverture sanitaire et éducation universelle de qualité 

    • Confiance restaurée entre l'État et ses citoyens         

 └─────────────────────────────────────────────────────────────┘

 

X. Appel à la Nation & à la Diaspora

afriqueinter.tg : Un dernier mot ou un appel particulier à l'endroit des Togolais et de la diaspora ?

Prof. Aimé T. Gogué : Après plus de six décennies de pouvoir exercé par le même courant politique, le système RPT-UNIR a montré ses limites. L'alternance n'est plus une simple revendication partisane : c'est devenue une nécessité nationale pour libérer les énergies et réconcilier le pays.

Mais cette alternance doit se faire dans la paix, le respect des lois et sans esprit de revanche. Le Togo de demain se construira avec tous ses enfants, qu'ils soient de l'opposition ou de la majorité actuelle.

À notre diaspora, je lance un appel vibrant : vous êtes un levier stratégique pour la nation. Au-delà des transferts financiers qui soutiennent des milliers de familles, le Togo a besoin de votre expertise, de vos réseaux, de vos compétences techniques et scientifiques. Continuez à vous intéresser au pays et à investir dans la préparation de l'avenir.

À tous mes compatriotes découragés, je rappelle une vérité historique : aucun système politique n'est éternel. Le changement démocratique est en marche. C'est ensemble, dans l'effort, la lucidité et la persévérance, que nous bâtirons le Togo libre et prospère auquel nous aspirons tous.

 

(Entretien réalisé et structuré pour afriqueinter.tg).