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Libre circulation dans l’espace CEDEAO : à Cotonou, députés et commerçants s’unissent contre le ‘’surplace’’ aux frontières

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Réunis à Cotonou dans le cadre d’une une réunion délocalisée de plusieurs commissions du Parlement de la CEDEAO, parlementaires régionaux et acteurs du secteur marchand ont mené un dialogue sans concession. Entre la modernisation prometteuse des marchés béninois, la lourdeur des tracasseries douanières et l’urgence d'adopter la carte d'identité biométrique à puce, le message du terrain est clair : 50 ans après les traités fondateurs de 1975, l’intégration des peuples ne peut plus attendre.

 

L'ambiance était empreinte d'urgence et de franchise dans la salle de conférence du marché PK3, à Akpakpa, Cotonou. Autour de la même table, des députés venus de toute l'Afrique de l'Ouest (Bénin, Sénégal, Ghana, Nigéria, Cap-Vert, Libéria, Gambie), des autorités municipales, mais surtout ceux qui font battre le cœur de l'économie réelle : les commerçants, revendeurs, grossistes et exploitants de micro, petites et moyennes entreprises (MPME).

Au menu des échanges : la concrétisation de la libre circulation des personnes et des marchandises, les obstacles douaniers persistants et la gestion au quotidien des nouvelles infrastructures marchandes modernisées par l'État béninois.

 

Des marchés modernes salués, mais des défis financiers persistants

Les élus régionaux ont salué le programme ambitieux de rénovation des marchés au Bénin, y voyant un levier indispensable pour garantir la sécurité sanitaire, prémunir les acteurs contre les incendies et offrir une riposte crédible à la concurrence croissante des géants étrangers de la grande distribution.

Cependant, sur le terrain, l'exploitation de ces équipements suscite des interrogations quant à la soutenabilité financière des petites bourses et à la souplesse de la gouvernance locale. Entre des horaires de fermeture perçus comme trop stricts et le montant des taxes forfaitaires, l'équation demeure délicate pour les usagers.

« Tout le monde doit participer à l'effort fiscal, c'est normal. Mais le problème qui se pose, c'est au niveau du pouvoir d'achat de la population. Quand vous prenez un produit à 500 000 F CFA ou qu'on demande des taxes de 200 000 F CFA, c'est trop lourd pour les petits commerçants. » Un délégué des commerçants lors des débats

L’audience a également permis de déconstruire certains préjugés tenaces sur le monde marchand. Loin des clichés d'un secteur informel sous-diplômé, plusieurs intervenants ont rappelé la montée en puissance de jeunes diplômés universitaires contraints de s'installer sur les étals faute d'emplois formels dans le secteur public ou privé.

« Ne pensez pas que nos vendeuses dans les marchés sont toutes analphabètes ! Nous avons des universitaires titulaires de Master et des étudiants en thèse de doctorat qui travaillent dans nos marchés. Ce sont des citoyennes averties qui doivent être nos partenaires pleins et entiers dans ce débat pour réussir notre intégration régionale. » Un parlementaire béninois lors de son allocution

 

Urgence aux frontières : la carte biométrique contre le « blocage CIP »

Un des points importants de la rencontre a porté sur la persistance des blocages aux postes-frontières, notamment sur les axes commerciaux menant au Nigéria et au Ghana. Les parlementaires ont vivement recommandé l'abandon progressif du simple Certificat d'Identification Personnelle (CIP) au profit exclusif de la Carte d'identité biométrique CEDEAO.

En effet, l'absence de puce électronique sur les anciens documents empêche leur lecture automatique par les bornes des services d'immigration frontaliers, créant des refoulements administratifs abusifs et alimentant la corruption.

« Vous voyez cette puce sur la carte biométrique ? C'est elle qu'on insère dans la machine pour lire toutes vos données. Avec le CIP, il n'y a pas de puce. C'est ça la difficulté ! Quand vous allez au Nigéria avec un CIP, le policier à l'immigration peut refuser car sa machine ne peut pas le lire. Sensibilisez vos membres pour que chacun ait sa carte biométrique CEDEAO. » La délégation parlementaire aux usagers des marchés

 

Tracas douaniers et surplace historique : le cri de cœur des femmes commerçantes

Face à la persistance du racket et à la méconnaissance des régimes douaniers exempts de taxes, une commerçante opérant dans le secteur des produits de la pêche a livré un témoignage poignant, dénonçant le contournement des circuits formels et le découragement des acteurs régionaux.

« Nos clients du Congo, du Gabon ou du Cameroun préfèrent maintenant passer par des couloirs informels à cause des tracas. Une de nos collègues vend des produits halieutiques qui quittent le Bénin pour le Nigéria et le Ghana. Mais avec ces tracas incessants, il est très difficile de vivre aisément de notre commerce. C'est faute d'emploi que des diplômés viennent s'asseoir dans les marchés. Si nous y vendons, il faut que nous en bénéficiions ! » Une commerçante grossiste du marché de Cotonou

 

Vers une « CEDEAO des peuples » : l’engagement des élus

Clôturant les débats au nom du Comité Conjoint du Parlement de la CEDEAO, les parlementaires ont rappelé que 50 ans après les accords fondateurs de 1975, la sous-région ‘’tourne en rond’’ et qu'un pas décisif doit être franchi. Une résolution contraignante sera formellement transmise aux Chefs d'État et de gouvernement pour exiger le respect effectif des accords de libre circulation.

La réunion s'est achevée sur l'engagement formel d'établir un canal de contact permanent entre les associations de MPME et la commission parlementaire. Car comme l'a conclu l'un des intervenants sous les applaudissements de la salle : « L'heure du changement a sonné, et ce dialogue ne fait que commencer. »