Guy Marius Sagna fait le bilan de la réunion du Parlement de la CEDEAO : « Nous devons passer à une CEDEAO souverainisée »
À l’issue de la réunion délocalisée du Parlement de la CEDEAO consacrée au développement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), l’honorable député Guy Marius Sagna revient sur les enjeux cruciaux abordés durant ces cinq jours de travaux. Entre constat amer des obstacles imposés aux entrepreneurs régionaux et appel direct aux chefs d’État, le parlementaire plaide sans détour pour une réelle volonté politique en faveur de la souveraineté économique de l’Afrique de l’Ouest.
Honorable, vous venez de participer à cette réunion délocalisée du Parlement de la CEDEAO tenue sur cinq jours à Cotonou . Pourquoi cette réunion ?
Honorable Guy Marius Sagna : Cette réunion délocalisée du Parlement de la CEDEAO avait pour objectif de réfléchir et de mieux comprendre la situation des micro, petites et moyennes entreprises : les difficultés auxquelles elles sont confrontées et les défis qu’elles doivent relever.
En tant que parlementaires, l'enjeu était d'être mieux sensibilisés à l'ensemble de ces questions afin de jouer pleinement notre rôle. Il s'agit pour nous de pouvoir interpeller la Commission et d'adresser des recommandations précises aux chefs d'État et de gouvernement, dans le but d'améliorer l'écosystème dans lequel évoluent ces MPME et d'éliminer les barrières et contraintes qui entravent leur développement.
Êtes-vous satisfait des échanges menés durant ces travaux ?

Les échanges ont été particulièrement enrichissants. De mon point de vue, c'est l'une des meilleures rencontres que nous ayons tenues depuis le début de cette législature du Parlement de la CEDEAO, il y a deux ans.
Nous avons entendu diverses visions et opinions. Le recoupement de ces points de vue nous a permis de nous rapprocher encore plus de la réalité du terrain : malgré les efforts déployés ici et là par les États membres, les micro, petites et moyennes entreprises se heurtent à des obstacles majeurs qui devraient pourtant être surmontables.
Sur le terrain, vous touchez du doigt ces réalités au quotidien. Ces difficultés vous ont-elles surpris ou les pressentiez-vous déjà ?

Je n'ai pas été surpris. Depuis deux ans que nous siégeons aux réunions du Parlement de la CEDEAO, que ce soit à Abuja ou ailleurs, ce sont des dysfonctionnements que beaucoup de mes collègues et moi-même pointions déjà du doigt. Ces cinq jours ont simplement confirmé nos analyses.
Ces réalités ont d'ailleurs été exprimées avec une grande justesse par les acteurs eux-mêmes. Nous avons notamment rencontré une cheffe d'entreprise qui produit des jus d'ananas ; sa prestation était d'une clarté impressionnante, bien meilleure que ce que nous aurions pu dire nous-mêmes. Tout cela nous confirme que nos alertes étaient fondées : il est anormalement difficile de commercer d'un pays de la CEDEAO à un autre en raison de barrières incitatives et douanières incroyables. Il n'est pas logique que nous imposions plus d'entraves entre nos propres pays qu'il n'y en a vis-à-vis de la France, du Canada, des États-Unis ou de la Chine.
J'ai l'habitude de dire que nous avons l'impression que la CEDEAO fait des « centres pour les autres ». Si l'on prenait une métaphore footballistique, c'est comme si nous marquions des buts contre notre propre camp, contre l'Afrique de l'Ouest. Le fond du problème reste une question de volonté politique.
Pour conclure, restez-vous optimiste pour la suite ? Pensez-vous que ces travaux porteront leurs fruits ?
Je pense que ces rencontres ne sont pas vaines et qu'elles porteront nécessairement leurs fruits. Cependant, les véritables résultats ne viendront que si la Commission, mais surtout les chefs d'État, prennent conscience d'une urgence absolue : nous devons passer d'une CEDEAO vassalisée — qui sert prioritairement les intérêts d'autres continents et d'autres pays — à une CEDEAO souverainisée, axée avant tout sur les intérêts de ses douze peuples membres.
Propos retranscrits et édités par la rédaction.
