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Biens mal acquis : l'étau judiciaire se resserre sur la descendance Bongo et Antoinette Sassou Nguesso

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Au cœur d'un système politico-financier colossal mêlant corruption, banques françaises et patrimoine immobilier d'exception, le Parquet National Financier (PNF) requiert le renvoi devant le tribunal correctionnel des héritiers d'Omar Bongo, de la Première dame du Congo-Brazzaville et du géant bancaire BNP Paribas.

 

Un tournant décisif dans la traque de la « Françafrique »

Après plus de quinze années d'enquêtes tentaculaires sur l'argent détourné de la « Françafrique », le dossier des « biens mal acquis » franchit une étape historique. Le Parquet National Financier (PNF) a officiellement demandé le renvoi en correctionnelle de 23 personnes physiques et morales : cinq sociétés (la banque BNP Paribas et quatre sociétés civiles immobilières) et dix-huit individus.

Au centre de ce réquisitoire aux implications géopolitiques majeures se trouvent les membres de deux des dynasties politiques les plus puissantes d'Afrique centrale : des enfants du défunt président gabonais Omar Bongo Ondimba et Antoinette Sassou Nguesso, l'épouse du président de la République du Congo.

Au total, la justice française a ordonné la saisie de 52 biens immobiliers d'exception, principalement situés dans les quartiers les plus huppés de Paris (8ᵉ, 16ᵉ et 17ᵉ arrondissements). Ces acquisitions résulteraient, selon la justice française, du détournement systématique des deniers publics et des commissions occultes nées de l'ère pétrolière (notamment l'affaire Elf).

 

Le clan Bongo : la succession face à la justice

Pendant plus de quarante ans de règne, Omar Bongo Ondimba (décédé en juin 2009) a bâti en France un empire immobilier considérable. Aujourd'hui, la justice française demande des comptes à ses héritiers, accusés d'avoir bénéficié de ce patrimoine d'origine frauduleuse.

Pascaline Bongo, figure centrale : âgée de 70 ans, la fille aînée d'Omar Bongo — qui fut également sa puissante directrice de cabinet jusqu'à son décès — est la principale descendante ciblée. Le PNF réclame son jugement pour recel de détournement de fonds publics, blanchiment, corruption active et passive, et abus de biens sociaux. Elle est notamment soupçonnée d'avoir acquis frauduleusement plusieurs appartements luxueux dans les 8ᵉ et 16ᵉ arrondissements de Paris. Outre Pascaline, plusieurs autres enfants du patriarche gabonais sont visés par les réquisitions du PNF : Jeff, Hermine, Arthur, Omar Denis, Yacine Queenie, Betty, ainsi que Grâce Bongo Odimba.

Face à ces accusations, la défense dénonce une procédure politique. Me Elise Arfi, avocate de Grâce Bongo Odimba, fustige une atteinte aux principes du droit : « C'est un dossier éminemment politique où les principes du droit sont mis à rude épreuve. La finalité de la procédure est la confiscation des biens. Dans le cas de ma cliente, elle a été mise en examen 25 ans après l'acquisition d'un appartement acheté de manière parfaitement régulière. Nous contesterons donc les effets devant le tribunal. »

 

Antoinette Sassou Nguesso visée par un mandat d'arrêt

Le volet congolais du dossier frappe au plus haut sommet de l'État à Brazzaville. Le PNF demande le renvoi en correctionnelle d'Antoinette Sassou Nguesso, 81 ans, Première dame du Congo-Brazzaville et épouse du président Denis Sassou Nguesso.

Elle est poursuivie pour l'acquisition d'un appartement haut de gamme situé dans le 17ᵉ arrondissement de Paris. Témoignant de la gravité de la procédure et des difficultés de notification, un mandat d'arrêt a été émis contre elle en janvier 2026 par les juges d'instruction français.

L'affaire touche également l'ancienne Miss France 2000 et comédienne Sonia Rolland (45 ans). En 2003, celle-ci s'était vue offrir un appartement parisien par Édith Bongo (épouse d'Omar Bongo et fille du président Denis Sassou Nguesso, décédée en 2009). Sonia Rolland a expliqué aux juges qu'il s'agissait d'un simple « cadeau » amical reçu après leur rencontre lors de l'élection de Miss Gabon en 2001, sans qu'elle ne s'interroge sur l'origine des fonds.

 

Vers la confiscation et la restitution aux populations

Ce procès à venir s'inscrira dans le cadre de la loi française votée en 2021, qui prévoit la restitution aux populations spoliées des avoirs définitivement saisis et confisqués dans les affaires de biens mal acquis. Si les juges d'instruction suivent les réquisitions du PNF et prononcent la confiscation de ces 52 biens immobiliers, les recettes générées devront être redistribuées sous forme d'actions de développement au bénéfice direct des citoyens du Gabon et du Congo.